Finances d’Avignon : l’ouverture du Festival en avance

À Avignon, le Festival commence parfois plus tôt que prévu.

Cette année, il semble même s’être invité au conseil municipal à venir ; mais les finances d’Avignon méritent mieux qu’une mise en scène.

Le décor est déjà dressé, le récit écrit et même répété en vidéo et dans la presse, des effets de scène annoncés dramatiques et un rôle principal : celui du maire révélant aux Avignonnais l’état supposément tragique des finances de la Ville.

Les mots employés par lui sont d’une gravité exceptionnelle : “mensonge”, “maquillage”, “faillite virtuelle”, “champ de ruines”. Lorsqu’on parle ainsi de la Ville, de ses agents, de ses élus et de décisions publiques engageant les Avignonnais, on ne peut pas se contenter d’effets de manche.

Oui, la situation financière doit être examinée avec sérieux. Oui, les audits sont utiles. Oui, chaque euro public doit être justifié.

Mais alors il faut publier l’intégralité des pièces : l’audit complet, ses annexes, la lettre du préfet, la liste précise des dépenses concernées, les retraitements supposément opérés, les hypothèses retenues et les réponses des services.

Appeler à la transparence en se l’appliquant d’abord à soi-même.

La vérité budgétaire ne se construit pas par extraits choisis. Elle exige de distinguer les faits, les choix politiques, les contraintes comptables, les reports de crédits, les engagements déjà pris et les responsabilités réelles.


Mais si les Avignonnais doivent supporter cette mise en scène, c’est sans doute pour préparer une autre représentation politique.

Car derrière la communication spectacle, une question se pose déjà : l’audit servira-t-il à préparer les esprits à des décisions radicales et antisociales ?



Olivier Galzi découvre qu’Avignon est une ville populaire avec les réalités budgétaires et financières que cela implique.

Alors oui, les comptes sont tendus.

Mais la question honnête est : pourquoi ? Parce que l’État a réduit en euros constants ses contributions, parce que les charges nationales augmentent, parce que l’énergie et les contrats ont explosé, parce que l’ANRU, les dotations, les recettes fiscales et les partenaires ne suivent pas, et parce que le Grand Avignon ne compense pas suffisamment les charges de centralité.



Les finances d’Avignon sont affectées par les crises qui se succèdent. Oui, les marges se sont réduites. Oui, la Ville entre dans une zone de vigilance qui appelle de la lucidité et des choix. Mais Avignon n’est pas en faillite. Elle n’est pas en cessation d’équilibre. Elle n’a pas soudainement sombré dans l’irresponsabilité.



Jusqu’à aujourd’hui la Ville avait fait le choix de maintenir des services publics essentiels - Que va faire le nouveau maire ?

Lorsque l’inflation a frappé, lorsque l’énergie a augmenté, lorsque les contrats, les assurances, l’alimentation, les charges de personnel imposées aux collectivités, la Ville a joué son rôle de rempart :

  • Elle a maintenu une cantine accessible au plus grand nombre et de qualité.

  • Elle a maintenu le périscolaire gratuit.

  • Elle a maintenu des piscines ouvertes.

  • Elle a maintenu des équipements publics de proximité.

  • Elle a maintenu l’accès à la culture.

  • Elle a continué à investir dans les écoles, les quartiers, les espaces publics et les équipements de proximité.

Ce choix a un coût. Mais il faut avoir l’honnêteté de le nommer pour ce qu’il est : non pas une dérive, mais une politique de protection dans une ville populaire.



Car Avignon n’est pas une commune aisée de périphérie. Avignon est une ville-centre. Elle concentre les charges sociales, les équipements, les fragilités, les besoins de jeunesse, de culture, de sécurité, d’éducation, de solidarité. Elle rend des services à bien plus large que ses seuls contribuables. Elle porte des charges de centralité que ses seules ressources ne compensent pas suffisamment.

C’est ce que la communication actuelle semble oublier, ou feint de découvrir.



Dans une ville populaire, le service public n’est pas un confort. Il est souvent le dernier bien commun. Pour beaucoup de familles, la cantine, le périscolaire, la piscine, la médiathèque, le musée, le centre social ou l’équipement sportif ne sont pas des lignes abstraites dans un tableau budgétaire. Ce sont des conditions concrètes d’égalité.

Il faut donc poser les bonnes questions.

  1. Quelle part de la dégradation vient de l’inflation ?

  2. Quelle part vient de l’énergie ?

  3. Quelle part vient des décisions nationales imposées aux collectivités ?

  4. Quelle part vient de la CNRACL, du GVT, des assurances, des contrats, de l’alimentation ?

  5. Quelle part vient du sous-financement d’Avignon comme ville-centre ?

  6. Quelle part vient de choix locaux assumés pour protéger les habitants ?

  7. Et surtout : quels choix le maire prépare-t-il derrière cette dramatisation ?

  8. Quels services seront réduits ?

  9. Quels tarifs seront augmentés ?

  10. Quels équipements seront fragilisés ?

  11. Quelles politiques sociales, éducatives, culturelles ou sportives seront présentées demain comme devenues impossibles ?



Un audit sérieux doit distinguer les contraintes et les choix, et les erreurs éventuelles à corriger. Il ne doit pas tout mélanger pour fabriquer un récit commode ou transformer le service public en coupable idéal.

Un audit ne doit pas servir de décor à une politique d’austérité déjà écrite.



Je prendrai donc la parole après le conseil municipal, à partir des documents présentés, des chiffres produits et des réponses données.

Mais une chose peut être dite dès maintenant : les services publics d’Avignon ne sont pas les responsables de la crise. Ils ont été les remparts qui ont protégé les Avignonnaises et les Avignonnais.

Abattre ces remparts, ce n’est pas faire preuve de courage budgétaire. C’est exposer les habitants aux chocs que la collectivité avait précisément choisi d’amortir.

La rigueur est nécessaire. La clarté est indispensable. La vérité des comptes est due aux Avignonnais.

Mais la rigueur n’est pas l’austérité. La clarté n’est pas la mise en scène. Et la vérité des comptes ne doit pas devenir le prétexte d’un abandon social.

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Avignon a choisi. Et maintenant ?