Avignon a choisi. Et maintenant ?

« Ratio et Oratio conciliant inter sese homines »La raison et la parole unissent les Hommes entre eux. — Cicéron

Dimanche soir, Avignon a rendu son verdict. Olivier Galzi est élu maire de notre ville. Je lui ai adressé mes félicitations républicaines, sincères et sans détour, comme il se doit.

C'est l'honneur de la démocratie que de respecter sans ambiguïté la parole des urnes. Et c'est aussi, pour ceux qui croient à la politique, le moment d'une lecture lucide, exigeante, sans complaisance.

C'est ce que je vous propose ici.

Ce que les chiffres disent

29 142 suffrages exprimés. 51,25 % de participation — en légère hausse par rapport au premier tour. Et 760 voix d'écart entre les deux premières listes. Quelques centaines de bulletins sur une ville de 58 000 inscrits : la bascule s'est jouée là.

Ce résultat contraint. Il décrit une ville profondément fragmentée entre trois projets politiques distincts — aucun n'ayant recueilli la majorité des suffrages.

Avignon n'a pas choisi. Elle a tranché, dans l’opposition à ce qu’elle ne voulait pas.

Trois dynamiques qui dessinent une ville partagée

Olivier Galzi a construit sa victoire sur un triple socle : son ancrage de droite dans le centre historique et les quartiers résidentiels, une percée décisive dans des zones où la gauche modérée avait ses habitudes, et un report partiel des électeurs de la liste nationale-populiste dans les zones pavillonnaires.

Des bureaux comme Bouquerie, l'Hôtel de Ville ou Mistral lui ont offert des scores qui ne s'expliquent pas par le seul vote traditionnel de droite. Ils incorporent des électeurs qui, en 2020 et 2014, votaient Cécile Helle — et qui, dimanche, n'ont pas trouvé dans l'offre de gauche de quoi se reconnaître.

David Fournier a, lui, dominé sans partage dans les quartiers populaires. La mobilisation à Coubertin, à la Barbière, aux Neufs Peyres a progressé entre les deux tours — réellement. Mais dans les zones du centre et des faubourgs résidentiels, là où l'électorat progressiste modéré est le plus présent, la participation a progressé moins que dans le reste de la ville. Et des dizaines d'électeurs du premier tour, dans plusieurs bureaux de vote, ne se sont pas déplacés au second.

Anne-Sophie Rigault a maintenu un noyau dur dans certaines zones périphériques de Montfavet, résistant là où son ancrage est identitaire, et cédant ailleurs une partie de ses voix à Galzi dans les quartiers résidentiels.

La dynamique sociale-démocrate — ce que les chiffres révèlent

C'est ici que se trouve l'enseignement le plus précieux pour l'avenir.

La fusion entre le Parti Socialiste et La France Insoumise a été rejetée par une fraction déterminante de l'électorat. Ce n'est pas un accident de parcours : c'est un verdict. L'étiquette "extrême gauche" officiellement accolée à la liste Fournier a pesé, dans les zones où l’électorat des progressistes républicains, des sociaux-démocrates, des humanistes est le plus présent.

Ce mécanisme n'est pas nouveau. Dès 2022, l'accord NUPES avait déjà produit cette dynamique contradictoire : mobiliser dans les quartiers populaires, repousser dans les zones modérées et résidentielles. Les résultats de dimanche le confirment à nouveau, avec une précision géographique implacable.

Un électorat dispersé, c'est une victoire offerte.

Ce qui continue

Je ne vous écris pour seulement commenter. Je vous écris parce que la politique ne s'arrête pas au soir d'un scrutin. Elle vit chaque jour, dans l'engagement, la vigilance, et la construction patiente.

J'avais fait le choix de faire un pas de côté dans cette élection. Je refusais de prêter ma légitimité à une alliance qui n'était pas cohérente avec mes convictions, ou, en me maintenant, à ouvrir la voie à l'hégémonie des extrêmes dans chaque bloc en les plaçant mécaniquement en tête. Ces convictions étaient claires dans ma lettre du 10 février. Les résultats du 22 mars ne les ont pas démenties.

Mais ce choix crée une responsabilité : si l'on ne participe pas, on doit construire.

C'est ce que je m'engage à faire.

Le courant social-démocrate, humaniste, progressiste et républicain d'Avignon a besoin d'une maison propre. Pas d'un calcul d'appareil. Pas d'une alliance contrainte. Un espace de rassemblement ancré dans les réalités de notre ville, capable de parler à Monclar comme à la Barthelasse, aux familles de Montfavet comme aux étudiants de la Faculté, aux habitants de l’extramuros comme à ceux du centre-ville.

Un espace pour veiller. Construire. Rassembler.

Dans les prochaines semaines, Confluences Citoyennes ouvrira cet espace. Je vous en dirai plus très bientôt.

Un mot sur la démocratie

Presque un électeur sur deux ne s'est pas déplacé dimanche. Notre démocratie demeure fragile. La légitimité de l'action publique repose plus que jamais sur la capacité à restaurer la confiance de tous les Avignonnais.

J'avais écrit ici, en septembre dernier, à propos du blason de notre ville, que "la petite clochette rappelle aux pattes des gerfauts" le lien entre vigilance et liberté. Le gerfaut observe, prend de la hauteur, agit au bon moment. C'est l'image que je veux pour notre engagement : une politique de la patience, de la précision, et de l'exigence.

J'espère sincèrement que le mandat qui s'ouvre sera guidé par l'intérêt supérieur de la ville, l'exigence de justice et le respect de tous ses habitants.

Et de mon côté, je resterai ce que j'ai toujours voulu être : un acteur attentif et exigeant du débat démocratique local, fidèle à des valeurs qui ne s'arrêtent jamais à une candidature.



La politique n'est jamais une affaire personnelle. Elle est un bien commun.



Paul-Roger Gontard

Président de Confluences Citoyennes

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Mon engagement pour Avignon ne s’arrête pas à une candidature